Bibliomancie

La bibliomancie, ça vous dit quelque chose ?

Un soir d’hiver, j’étais patraque, au moral et au physique. Alors, pour ne pas rester dans ce marasme, je me suis offert une séance de bibliomancie. C’est une forme de « divination » qui consiste à pose une question puis à ouvrir au hasard un livre pour trouver une piste, une indication, un éclairage – ou autre chose encore, qu’on ne cherchait pas.

Ca n’a rien de fumeux, quoi qu’il y paraisse : comme quand on tire des cartes, on convoque le hasard, on s’ouvre à ce qui surgit et on se demande ce qu’on peut en faire, si cela fait ou non écho à notre question, notre préoccupation, si cela ouvre un chemin auquel on n’avait pas pensé, une perspective étrangère mais peut-être féconde, et on accueille ce qui vient, on laisse l’inattendu, l’inopiné, incanter et décanter en nous.

C’est un jeu, si vous voulez – et on sait, ou en tout cas les enfants, qui sont souvent plus sages que nous, savent, qu’il n’y a rien de plus sérieux que le jeu, que le jeu est important, instructif et révélateur, mais aussi inséparable de notre culture et même de notre être : nous sommes l’homo ludens – et la mulier aussi ! – , selon l’expression de Johan Huizinga. C’est pour ça qu’il faut jouer, jouer sérieusement mais sans prendre le jeu au sérieux – car rien n’est plus contraire au jeu, et plus stérile, que l’esprit de sérieux !

J’ai pris un livre dans ma bibliothèque, sans les regarder, dans le flux d’un geste vif. Je l’ai ouvert, dans le même geste. J’ai fermé les yeux, j’ai tourné mon doigt quelques secondes au-dessus de la page, et je l’ai posé, avant de lire.

La phrase pointée était :  » les suaves euphémismes qui l’aident à esquiver la difficulté « .

Eh oui ! Je suis restée coite. Frappée. Il y a bien une, des difficultés, pour le moment, et la tentation, on le sait, est de les esquiver – ce qui ne mène à rien, on le sait aussi. C’était un rappel vivifiant et un salutaire coup de pied au cul !

Je sais quelles sont ces difficultés – ou, en tout cas, j’ai conscience d’une partie d’entre elles. Je sais moins ce que seraient les « euphémismes » qui m’aideraient à les esquiver, mais ça parle de mots, de la façon dont on se raconte les choses, voire dont on se la raconte, qui est plus ou moins féconde, plus ou moins stérile, et sur laquelle on peut agir – c’est d’ailleurs mon travail. J’ai donc noté la phrase, pour chercher ces possibles euphémismes.

Voilà ce qu’est la bibliomancie – la possibilité d’une petite, voire d’une grande, épiphanie.

Vous me direz que tout le monde peut le faire chez soi – et rien n’est plus vrai. Mais je vous dirai que sans écho, sans miroir, c’est beaucoup moins puissant – c’est en tout cas ce que je crois : que c’est dans la relation, dans l’espace entre deux personnes, que quelque chose peut avoir lieu. Je vous dirai aussi qu’il faut des textes à forte charge symbolique, sémantique et métaphorique – autrement dit, de la poésie – et que je doute quez vous ayez dans votre bibliothèque autant de recueils de poésie que moi. Je vous dirai enfin : et pourquoi pas ?!

En pratique, je vous propose des brèves séances d’une vingtaine de minute, 20 euros.