* Dans ma bibliothèque : Ce que je ne veux pas savoir & Le coup de la vie

Ce que je ne veux pas savoir et Le coût de la vie sont deux livres de quêtes et de conquêtes : celles d’une femme et d’une artiste – rien qui éveille plus d’échos en moi ces derniers temps, rien qui me porte plus, même si je ne suis qu’une des deux !

Deborah Levy nous y raconte son enfance – en Afrique du Sud, pendant l’apartheid, puis en Angleterre – sa jeunesse et, surtout, sa vie de femme. Elle s’y interroge, et nous questionne en même temps, sur la façon dont on devient écrivain : à cette (con)quête, le cabanon dont une amie lui ouvre la porte n’est pas étranger : il faut, on le sait bien, une chambre à soi pour créer, et même pour être – et c’est souvent en cabane, encabanée, qu’on résiste à ce qui empêche, entrave, enferme.

Dans son cas, il y a un divorce et l’obligation de faire face seule aux nécessités et aux coûts de la vie. Il y a deux filles, qui la requièrent, comme tous les enfants, qui sont gourmandes de temps et d’énergie. Il y a qu’elle est une femme, aussi – on sait que cela peut-être embarrassant, en ce monde – et qu’elle s’est choisie un métier âpre et ardu – l’écriture.

Ces obstacles et ces difficultés, elle les surmonte, tant bien que mal, mais sans jamais renoncer. Avec ténacité et opiniâtreté, elle informe, façonne et transforme son existence. Elle apprend, et nous rappelle, que «  La liberté n’est jamais libre. Quiconque s’est battu pour être libre sait ce qu’il en coûte. ». Ce qu’il en coûte et ce qu’on y gagne : « Alors que dans mon nouveau foyer tout avait littéralement rapetissé (à part les succulents), ma vie s’est agrandie. »

Ce qui m’a plu, dans ces diptyque autobiographique, c’est l’énergie et le courage qui en émanent, c’est la force et la vigueur qu’on sent dans les mots de Deborah Levy. C’est la justesse, la clarté et la profondeur de ses réflexions. C’est son humour et son ironie, présents à chaque page ; ce regard singulier, de biais, qu’elle pose sur les gens et les choses, et les transitions abruptes, un peu coq-à-l’âne, qui nous font parfois sauter d’un sujet à un autre – comme dans une conversation ou un monologue intérieur.

Et c’est, enfin, que c’est une femme qui invente son existence et affirme sa puissance : « Il est si mystérieux de vouloir supprimer les femmes. C’est encore plus mystérieux quand les femmes veulent supprimer les femmes. Je suis obligée d’en conclure que nous sommes si puissantes qu’il nous faut sans cesse être supprimées. »

En bref, ce sont deux livres qui m’ont inspirée, revigorée, mise en joie, et que je vous recommande !

Ce que je ne veux pas savoir  et Le coût de la vie, éditions du Sous-sol, 2020.

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